I) Le lien avec la nature
1) Le vif
Depuis Le Dieu dans l'Ombre, roman dans lequel l'héroïne, depuis son plus jeune âge, se promène dans la forêt près de sa maison, en compagnie de son chien et y retrouve, comme compagnon de jeu, un être étrange, mi-homme mi-animal, le thème du lien de l'être humain avec le monde de la nature est très présent dans l'œuvre de Robin Hobb.
Dans L'Assassin royal, Fitz enfant se sent lui aussi très proche des animaux et il se rend compte qu'il peut se faire très facilement comprendre de son chien Fouinot. Pour lui, c'est une communication très simple et naturelle et il ne comprend pas que ce lien révolte Burrich. Plus tard, il découvrira qu'il s'agit du lien de Vif, un lien très fort qu'un être humain et un animal peuvent établir entre eux. Cette intimité est très mal perçue au royaume des Six-Duchés car le monde animal effraie et est perçu de façon négative par certains.
De plus, cette relation se positionne parfois en rivalité avec les relations humaines. Ainsi, Fitz sait que Molly n'acceptera jamais Œil-de-Nuit. Quant à Burrich, il a été choqué que son grand-père ait préféré sauver son cheval dans une écurie en feu plutôt que de protéger sa famille qui allait être capturée et emmenée en esclavage. D'une façon plus générale, le lien de Vif est mal connu et fait peur pour cette raison mais, au fil des années, les Vifiers réussiront à se faire accepter.
Le Vif consiste avant tout en un contact primordial avec le monde naturel, qu'il soit animal ou végétal. C'est la conscience intense d'appartenir à l'ordre naturel, d'avoir sa place dans l'harmonie de la nature.
Fitz en fait régulièrement l'expérience:
"Mon Vif se déploya et je ne fis plus qu'un avec la splendeur nocturne. […] Avec le Vif, on a conscience de toute la vie dont on est entouré. […] Par-dessus tout, cependant, j'éprouvais un lien de parenté physique avec tout ce qui vivait dans le monde. J'avais le droit de me trouver où je me trouvais; j'appartenais autant à cette nuit d'été que les insectes ou le ruisseau qui murmurait à mes pieds […] Nous faisons tous partie du monde, pas davantage que le lapin de la colline, mais certainement pas moins non plus."
(page 225 de L'Assassin Royal, tome 7)
Une grande partie de la vie de Fitz sera marquée par le lien qui l'unit au loup Œil-de-Nuit. C'est une belle relation, égalitaire et harmonieuse. Fitz et Œil-de-Nuit sont l'un pour l'autre des alliés fidèles, des frères; ils se comprennent parfaitement et leurs voyages sont ponctués de fréquentes chasses à pied, chacun s'accordant parfaitement à l'autre pour traquer le gibier. Ces chasses ont leur aspect utilitaire – se nourrir pendant leurs déplacements – mais ce sont aussi des moments de partage.
2) Les dragons.
Avec les Liveships Traders et The Tawny Man, ce sont les dragons qui incarnent le thème de la nature. Il ne s'agit plus des dragons de pierre créés par les Anciens mais du vrai dragon Tintaglia puis de Glasfeu.
Contrairement au dragon biblique ou à ceux des romans médiévaux, les dragons ne sont pas diabolisés mais ils ne sont pas non plus idéalisés puisqu'ils sont présentés comme arrogants. Ils sont simplement des êtres de la nature, ni bons ni mauvais, conformément à toute une tradition occidentale où il sont reliés aux quatre éléments: l'air par leurs ailes, l'eau par leurs écailles, le feu par celui qu'ils crachent et la terre par leur aspect reptile. Quel est leur rôle dans l'œuvre de Robin Hobb?
Le Prophète blanc l'explique: les dragons sont puissants et orgueilleux mais les humains ont besoin de les avoir en face d'eux un peu comme un miroir pour mieux voir leur propre arrogance, un peu comme un contre-pouvoir aussi pour partager la puissance et ne plus être en état de dominer le monde et la nature. Les dragons permettraient alors de maintenir une sorte d'équilibre des pouvoirs.
Le Prophète blanc a ainsi pressenti le rôle que pourraient avoir les dragons s'ils étaient de retour:
"Vous croyez pouvoir arranger le monde à votre convenance, alors vous dressez des cartes et vous y tracez des lignes en affirmant posséder la terre parce vous pouvez dessiner des frontières. Les plantes qui y poussent, les bêtes qui y résident, vous les dites vôtres, vous vous appropriez non seulement ce qui vit aujourd'hui mais ce qui se développera demain et l'employez comme bon vous semble"
et un peu plus loin:
" le monde n'appartient pas aux hommes. Ce sont les hommes qui appartiennent au monde."
(page 96 de L'Assassin Royal, tome 11)
Il s'agit toujours, sous une forme ou une autre, de cette idée fondamentale: l'homme doit s'intégrer harmonieusement et humblement dans le monde naturel et non s'y comporter comme un dominateur, voire un destructeur. C'est la recherche d'un équilibre écologique entre l'homme et son environnement.
Dans Ship of Destiny, c'est Selden Vesrit qui expliquait un peu de la même façon l'intérêt du retour des dragons:
"L'humanité est devenue une race solitaire, et dangereusement arrogante dans sa solitude. Le retour des dragons restaurera l'équilibre"
(page 525 de Ship of Destiny, dernière partie de l'œuvre, non traduite encore en français)
Ainsi, dans Fool's Fate, le Fou fera tout son possible pour délivrer Glasfeu de la glace dans laquelle il s'est endormi.
" Le monde n'appartient pas aux hommes. Ce sont les hommes qui appartiennent au monde..."
Une précision quant à cette citation: il s'agit d'une phrase du chef amérindien Seattle, de la tribu des Duwamishs, et qu'il a prononcée lors de son discours au gouverneur Isaac M. Stevens (1854).
La philosophie du Fou est dès lors liée à de grandes figures de défense de l'environnement, ce qui tend à rattacher son envergure de "représentant de la nature"...